
J’entre sur l’ile de la terre de feu, en traversant le détroit de Magellan, par le bateau qui relie Puenta Arena à Porvenir ; Endroit mythique, imprégné de l’histoire des premiers explorateurs, et aussi des indigènes vivant sur ces terres et pourchassés et tués par les colons. Il ne reste donc plus que quelques estancias,et les moutons, source de richesse pour ces nouveaux colons. Et quelques villes très rares.
11 janvier : Porvenir. Onaisin.105 km et 8h. Dénivellé : 300m
Je quitte porvenir sous la pluie. Que faire ? il n y a pas de bus, et 180km de piste à venir, sans étape où s’abriter. De toute façon, il n’y a pas le choix, je n ai pas envie d’attendre demain ; la piste est caillouteuse au début avec quelques petites grimpettes, mais surtout elle est pleine de flaques d’eau et parfois de boue. J’ai empilé tous mes vetements, et suis des plus humide et marron, mais je n’ai pas froid.

Bizarrement, la aussi je garde le moral, comme si je savourais les derniers jours de ce voyage en me délectant de cet infini. Aujourd’hui, il n’y a vraiment rien, que la pampa et un bras de mer.

Arrivée a Onaisin, je cherche le village, ce n est en fait qu’un carrefour. Je trouve tout de meme une maison perdue, qui m’offre un abri pour la nuit ; cela suffit à mon bonheur.
12 janvier : Onaisin. San Sébastien ( Argentine )66 km et 4h20 ; plat
IL pleut toujours un peu, et mes survêtements sont couleur terre, mais je sais la frontière proche, et la piste est meilleure. Je vais devoir attendre 1h a chaque frontiere ; les 2 frontieres étant séparés de 11 km.

Avant chaque frontiere, je m’oblige a finir mes produits frais, mais je planque mes fromages et mon saucisson dans ma tente, je ne peux pas tout manger. J’ai rencontré un français qui est resté 2 h chez les policiers chiliens, avec une amende, pour… une mandarine. J’arrive donc tard en Argentine et trouve un hotel derriere la frontiere, un peu cher, mais bon, je vais pouvoir tout faire secher et dormir au sec.

Me voici en terre de feu argentine, et au bord de l’océan Atlantique, ça change !
13 janvier : San sébastien. Rio grande. 85 km de vélo et 5h. Dénivellé :200m
Le vent aujourd’hui est déchainé, au matin déja à 80. 90km/h, mais il ne devrait pas etre trop de face; d’ailleurs la seule étape où je devais l avoir dans le dos, ça a été les 2 jours de pluie, et sans vent….Je longe l’atlantique dans un paysage désertique, à part une estancia.
De longues lignes droites , avec vent de travers, ne sont pas faciles. je m’abrite derriere un talus, pour le pique nique ; j ai maintenant mes habitudes.
A Rio grande, je trouve un hotel bien sympa Los argentinos.( 50 pesos avec petit dej, et cuisine et internet;le top!). j’en profite pour nettoyer et graisser mon vélo. Il était recouvert d’une pate de boue.
14 janvier : Rio Grande. Lohuin ; 116 km de vélo et 7h20
A l’approche du but, mon énergie redouble; je sais maintenant que j’y arriverai;
Une belle journée ; peut être la premiere sans trop de vent ; j en profite pour m’arrêter assez souvent. Je vois mon 1er condor, des guanacos et des chevaux galopaient, et toujours les forêts aux troncs morts ; agréable arrêt pique nique, devant 2 troncs enlacés, un qui vit alors que l’autre n’a plus de feuilles .

Au bout de 80 km, il y a plusieurs bosses. Je vois un fourgon faire demi tour pour me proposer de m’emmener a Ushuaia, et insister. Et c est .. une camionnette de l’éducation nationale. Pas mal ! Ce serait le comble, après tous ces km…j’en ris bien. Et vers 7h, j’arrive a Tolhuin, c’est tout petit ; vais-je trouver un hébergement ? hospedaje bien sympa, ou je me prépare ma popote , los lengas ( 50 P). je suis la seule.
15 janvier : Tolhuin. USHUAIA….. 113km de vélo et 7H45. Dénivellé : 900m
Le bout du chemin …

Le dernier jour ! je ne vous dis pas l’émotion aujourd’hui ! et Ushuaia, ça se mérite car j ai tour à tour, les bosses, la pluie, le vent et les 2 à la fois. Mais quel plaisir de grimper le col au milieu des sommets enneigés et des lacs. Je prolongerai volontiers cet instant. bon, la pluie c’est plus génant, mais je suis bien équipée;
je savoure chaque bout de paysage et chaque coup de pédale. presque 9000 km, en 5 mois et tout un hemisphère. Je suis contente, car le défi sportif n’était pas facile ( peu de temps pour boucler la route et donc de grandes étapes) et aussi pour tous ces instants qui sont dans mon coeur, que j ai vécu si intensement.C’est ça qui est important. Ce matin j ai dejeuné avec un pecheur; il est partie avec sa canne, moi avec mon vélo ; on rayonnait de la meme joie. Le vélo a donné toute l’intensité a mon voyage, de part l’effort qui permet de mieux apprecier, la nature, les rencontres, les repas, le lit du soir ; de part son rythme qui nous offre l’inconnu, en nous otant le désir du faire et toute programmation.Et ce contact fabuleux avec la nature du matin jusqu’au soir ; on la découvre ainsi de l’intérieur, et en symbiose avec le soleil et le vent. Bref ça bouillone aujourd’hui, et je saute de joie quand j’arrive au panneau de la cité la plus australe. El fino del mundo….
Et ce n est que fort tard , et un brin fatiguée, que j’arrive a l’auberge de jeunesse. Le retour à la « civilisation » est toujours dur. Serai je devenue plus sauvage ? sans doute un autre regard.Ici des tee shirt sur la route 40 ! des pingouins sous toute les formes, la patagonie en gadgets.
16-19. janvier : 80 km de vélo, en ballade, et histoire de me rapprocher des 9000 km .
Comme pour me souffler qu’il n’y a pas de fin, je rencontre le soir de mon arrivée 2 argentines, Myriam et Annalia, et nous allons former un beau trio pour visiter Ushuaia ;

la fin de la cordillère des Andes, et donc de belles montagnes enneigées qui se terminent dans la mer. D’ailleurs cette longue chaîne de montagne, qui craque et se déplace, me fait fort penser à une colonne vertébrale soutenant tout un continent. J’en suis donc au sacrum . Clin d’œil aux osteos et kinés…..
Randonnée tout d’abord au superbe parc de la tierra del fuego, au bord de l’eau, dans la foret de lengas ( hêtres), un brin ravagée par les castors.

Puis navigation sur le canal de Beagle ( du nom du bateau de Fitz Roy, sur lequel Darwin commença à rédiger son « évolution des espèces »), le canal séparant Ushuaia de l’ile Navarro chilienne, ou se trouve Puerto Williams, qui me semble encore plus australe que sa voisine argentine.

Port Williams
Bataille entre les 2 pays…je fais donc les classiques de la fin du monde ; je vais au phare d’Ushuaia , puis dans la baie de p Williams ! en allant voir une dernière fois mes amis les pingouins

En vélo je repars en direction du parc pour aller jusqu’au bout de la route. Bon , il me faudra bien faire demi- tour… plus rien au delà, sauf l’antarctique . Toute les 3 , on décide même d’aller galoper au bord du canal et au soleil couchant.

Et le soir à l’auberge, je prépare une platée de pâtes pour tout le monde. Bien sympa ce mélange de nationalités, qui communiquent en espagnol, francisé et anglicisé.

Le dernier jour je rencontre Bettina et Gabriel, les 2 cyclistes suisses ; et comme j’ai du champagne dans mon sac, nous fêtons l’événement. Je retrouve aussi les 2 cyclistes hollandais. C’est bien le bout de la route !
Entre cyclistes, il y a de suite quelque chose de fort qui passe, car on a vécu la même chose. Je passe le relai à Paris, un polonais qui arrive juste et monte son vélo alors que je remballe le mien. Muchos gracias Paris , para el bici ! y bueno viaje ! il m’aide à empaqueter mon velo à la perfection, car je n’ai pas de housse ; ( démontage complet et gainage dans une robe de mousse et de scotch).

Voila l’aventure se termine… tellement riche ; je suis heureuse de l’avoir partagee avec ceux qui m’ont suivi sur le net et sur les routes. Et je les remercie vraiment pour tous les messages d’amitié, qui m’ont permis de ne pas douter et qui m’ont réchauffé le cœur entre 2 étapes.

La rose ose
étaler sa beauté
et libérer son essence
OSEZ !
Osez changer, osez partir, osez la différence, osez aimer, osez réaliser, osez vous exprimer, osez croire, osez être heureux, et surtout osez être vous même.
Le voyage, celui ou on quitte nos habitudes pour s’ouvrir à l’inconnu, nous permet d’oser et d’embrasser la vie dans son intensité. Et le voyage seule, et surtout en vélo, permet cette confrontation avec soi même, avec le silence et l’immensité des paysages ; et favorise aussi les rencontres. Une expérience inoubliable. L’aventure peut se vivre tous les jours, mais sur son chemin, il n’y a pas de certitude, sauf celle de s’engager dans le domaine de l’imprévisible, et du mouvement. La vie est mouvement, est une danse.
Aventure
Nouveauté
Dépassement
Emotion
Silence
Au cœur des ANDES , une DANSE avec la vie.
Et parce que la vie est un jeu, j’attend vos réponses pour mes 3 questions finales : le nombre total de km en vélo, le dénivelé et le nombre d’ heures de selle, au cours de ce périple de 5 mois, le long de la cordillère des Andes. Petit souvenir pour les 3 réponses les plus proches.
Question subsidiaire : quelles sont les 3 nationalités qui voyagent le plus, dans le sud de l’Amérique, Argentine et Chili.